autour du coran

Rencontre avec une jeune fille…pas comme les autres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a quelque temps nous vous parlions du jeune Ahmed. Interviewé il y a quelques mois, Ahmed nous contait son parcours dans l’apprentissage du Coran et le rôle irréfutable qu’avaient joué ses parents dans ce cheminement.

 

Aujourd’hui, nous revenons avec une nouvelle entrevue autour du Coran. Celle de Fatima! Aussi riche et palpitante que celle de Ahmed Allaoumabarik!

 

Cette série d’interviews qui a pour but de vous aider à persévérer vers cet objectif, fait suite à un article que nous avions rédigé il y a peu intitulé ” Le Coran trop dur pour mon enfant ” dans lequel nous vous partagions quelques belles astuces pour faciliter cet apprentissage et motiver votre enfant ( et vous-même ^^) .

 

L’objectif de ces interviews est :

 

1) Premièrement : De briser les idées reçues ou fausses croyances de la plupart des parents voulant donner une éducation islamique à leur enfant en montrant que c’est possible!

 

2) Deuxièmement : Les motiver à vouloir en faire autant avec leur enfant, en se fixant des objectifs élevés mais réalisables et en se donnant les moyens d’y parvenir.

  

1) Assalam ‘alaikoum, Fatima j’espère que tu vas bien, peux-tu te présenter brièvement à nous s’il te plait ?

 

Alaykum salam, moi c’est Fatima, j’ai 23 ans, je suis née et ai grandi en France, j’ai une licence en arabe et je suis actuellement étudiante en prothèse dentaire. J’habite en région parisienne avec ma famille.

 

2) Peux-tu me raconter quelle a été ta relation avec le Coran? Quand et comment a-t-elle débuté ?

 

Ma relation avec le Coran a débuté avant que je sois née de manière très informelle.

Mes parents avant qu’on arrive au monde laissaient le Coran tourner en boucle. Ça a commencé avec les hizbs sabbih et ‘Amma (dernier Juzz du Coran), ma mère avait toujours la cassette à côté et ça a été comme ça jusqu’à ce que nous ayons 3 ans.

Ma mère travaillait avec nous dès le plus jeune âge les courtes sourates. Ensuite, un peu plus tard, lorsqu’on a débuté notre scolarité, nous allions à la même école mes frères et moi. Nous sommes 7 enfants dans la famille machaAllah, et ça a commencé avec mes deux grands frères et mes deux petits frères juste en dessous de moi, je suis celle du milieu.

Les deux derniers enfants de la fratrie sont arrivés bien plus tard, nous avions un écart d’âge important du coup ils ont suivis un autre rythme..

Nous avions environ une heure de trajet pour nous rendre à l’école alors sur le chemin mon père travaillait avec nous quotidiennement une partie de Coran: une demi page puis ensuite nous avons evolué vers une page qu’il nous faisait lire pendant tout le trajet.

 

3) Vous aviez une heure de trajet pour aller à l’école ?

 

Oui c’est ça car nous sommes du 93 et notre école était située dans le 16e arrondissement de Paris.
Quand on rentrait de l’école vers 16h on faisait nos devoirs, ensuite on travaillait encore notre demi page avec ma mère et le soir mon père venait à nous pour qu’on lui récite et pour qu’il l’a valide. Il y avait aussi un temps pour la révision.

Mes parents avaient instauré un système de gains derrière avec des points de récompense mais aussi avec des punitions, je dis pas le contraire (rire). 

4) Ah oui, le percevais-tu alors comme une contrainte?

C’est ça qui est bizarre dans l’histoire, car non, non non je ne le voyais pas comme une contrainte. On sentait l’importance que cela avait pour nos parents, on voyait qu’ils étaient contents de nous. En fait, c’était une obligation, comme par exemple le fait de manger ou de se doucher, c’était normal parce que toute la famille apprenait en même temps, il n’y avait pas une personne dans la famille qui ne le faisait pas.

En ce qui concerne ma mère, elle a commencé à se concentrer sur elle-même dès qu’elle en a eu fini avec nous. Elle avait commencé à faire son cheminement avec nous, elle apprenait avec nous à force de répéter et actuellement ça fait à peu près 4 ans qu’elle a terminé le Coran al HamduliLah.

Elle a vraiment commencé après que nous tous nous ayons fini, elle n’a pas eu le temps avec nous…Je pense que c’est dur d’avoir 7 enfants je respecte ma mère pour ça! Et en plus nous n’étions pas facile, chacun de nous a un caractère un petit peu différent.

Par exemple moi j’étais jalouse de mon petit frère (celui qui est en 5e position) car il apprenait plus vite que moi et aussi plus vite que mon frêre cadet ( en 4 ème position).

Il y avait cet esprit un petit peu compétitif parce que par exemple on travaillait pendant 1h nous, alors que pour lui 20 minutes étaient suffisantes. Il apprenait plus vite et on voulait vraiment tous avoir plus de points, donc nous aussi on essayait d’apprendre beaucoup plus vite pour le rattraper.

Au fur et à mesure, on passait moins de temps dans l’apprentissage du Coran mais on passait plus de temps dans la révision car on avait plus de quantités.

Ensuite à partir de 8 ans, mes frères ont continué à être suivi à la mosquée par un Sheikh.

Mon apprentissage à moi s’est poursuivi à la maison jusqu’à mes 12 ans.

A 12 ans j’ai débuté des cours à la mosquée, avec une Cheikha (ici femme maitrisant le Coran) qui me suit toujours d’ailleurs aujourd’hui. A l’époque, je connaissais 30 hizb, on descendait le Coran à partir de Baqara jusqu’à Houd, et je continuais mon apprentissage également à la maison avec mon père en remontant le Coran jusqu’à le terminer de cette façon à 13 ans.

 5) Tu faisais les 2 en parallèle?

 

Les deux oui. J’étais motivée (rire).

En fait on avait pas beaucoup de devoirs à l’école Irakienne, même si on faisait quand même le programme de français à la maison donc c’était un petit peu dur au début mais après on s’est habitué et mes parents étaient beaucoup derrière nous.

 

6) Waw, donc tu as terminé l’autre moitié en une seule année, à l’âge de 13 ans, Allahi barak ,qu’as tu fais ensuite?

 

Ensuite j’ai passé 4 ans à ne faire que de la révision avec ma Cheikha jusqu’à mes 16 ans.

Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai commencé à passer mes ijazates (certification de mémorisation et de lecture intégrale du Coran) .La première à l’âge de 16 ans, la deuxième à l’âge de 17 ans. Ensuite j’ai pris une pause d’une année car c’était l’année du bac, du coup je ne faisais que de la révision par peur d’oublier en fait parce que je voyais d’autres personnes autour de moi qui avançaient dans les ijazate mais la révision ce n’était pas trop ça.

Par la suite j’ai entamé les 7 lectures alors j’ai commencé à mémoriser le poème de 1000 vers Alshatibiya (AlShatibiya est un poème qui regroupe les règles de toutes les lectures du Coran), ça m’a pris 2 ans pour l’apprendre parce que je suis rentrée à la fac et j’avais moins de temps. Et en parallèle, toujours la révision du Coran avec ma prof qui me faisait réviser à la mosquée et le programme à la maison avec mes parents qui se poursuit d’ailleurs jusqu’à maintenant (rire), j’ai toujours ce programme avec eux, ma mère elle ne nous lâche jamais! 2 hizbs par jour et on lui récite les 10 à la fin de la semaine! 10 au minimum.

  7) MachaAllah ! Et cela pour chacun de ses enfants?

Voilà, alors moi maintenant je récite toujours sur ma mère mais mes deux frères ils le font entre eux. À présent, pour les questions on se le fait entre frères et sœur maintenant que nous sommes plus âgés, mais ma mère on l’a vraiment fait beaucoup travailler ! Mon père quant à lui, il venait vraiment pour valider, il mettait des coups de pression… Mais celle qui a vraiment souffert, si on peut dire ça, c’est ma mère. C’est pour ça que quand quelqu’un me parle, je dis vraiment: “C’est vraiment pas nous, c’est pas les enfants, c’est ma mère c’est mes parents.”

 

8) Est-ce que tu leur as déjà dit: “Non, je ne veux pas le faire ?”

Non jamais, parce que justement mes parents, je ne sais pas comment ils ont fait mais pour nous c’était normal. En fait, on ne sortait pas beaucoup, on avait des amis, on faisait des petits restaurants, mais l’après-midi on partait pas au parc avec les amis comme ça, non non. On ne voyait pas les autres ne pas apprendre, en fait on pensait que tout le monde apprenait !

9) Mais est-ce que dans ton entourage tout le monde apprenait ?

Non, personne en réalité! Mais ça on le sentait pas, car même en vacances en Tunisie par exemple, c’était le même système, chez nous ou chez notre grand-mère on continuait d’apprendre le matin, puis on faisait notre programme l’après-midi avec nos visites à la famille ect…

10) Fatima que conseillerais-tu aux parents qui souhaitent transmettre l’apprentissage du Coran à leurs enfants

Avant toute chose:

1)Essayer de comprendre l’enfant, parlez-leur, racontez-leur des histoires, partagez des expériences autour du Coran pour les intéresser, pour les amener à être curieux, à vouloir découvrir ce trésor, c’est quelque chose de très important car nous sommes arrivés à une époque où les petits sont beaucoup influencés par leur entourage. Je vois par exemple avec mes élèves que certains ne savent pas pourquoi ils apprennent mais en même temps il voit que c’est beau d’apprendre car ils sont valorisés par rapport à ça et ce n’est pas bon. Le fait que l’enfant apprenne pour que l’on dise: “waw, il a apprit 15 hizbs, 30 hizbs la Coran en entier…”.Il ne faut pas rentrer dans cela et beaucoup de parents ne le comprennent pas, ils obligent leurs enfants à apprendre sans pour autant leur faire comprendre pourquoi ils apprennent. Ils pensent que c’est suffisant de leur dire: “Tu dois apprendre pour avoir des hassanettes (bonnes actions)”. Et que l’enfant va avoir la sagesse d’un savant, qu’il va apprendre de lui-même, alors que non en fait, pas pour les bonnes raisons en tout cas. Ils ne voient pas que c’est difficile pour l’enfant. Moi, par exemple, ce n’est que vers 15/16 ans que j’ai réalisé de la amana que c’était, avant ça on était simplement dans le bain en fait, on avait pas vraiment conscience de l’impact.

2) Pour palier à cela, je leur conseille vraiment d’apprendre en même temps que leurs enfants. Montrer à l’enfant que le parent aussi fait des efforts, c’est très important, cela est une réelle motivation pour lui.

3) Aussi, je leur conseille d’adapter la méthode à l’enfant. Tous les enfants n’ont pas le même caractère et donc pas la même façon d’apprendre, on ne les motive donc pas tous de la même façon. Par exemple avec moi, mon père n’avait pas besoin de répéter 100 fois: “Fatima, va apprendre, Fatima va apprendre…” Pour un autre il lui disait: “Hé si t’apprends, on ira faire telle visite, telle sortie”. Pour un autre il disait: “Tu sais que si t’apprends, tu auras plus de capacités à assimiler plus tard…” 

4) Il est important aussi de montrer qu’on est ami avec l’enfant, mais en même temps de garder une certaine sévérité, une certaine rigueur, le parent doit jongler entre les 2. Et le mieux c’est d’avoir un parent pour chaque rôle. Chez nous, ma mère avait le rôle du gentil policier, protecteur, tandis que mon père avait le rôle du “méchant” entre guillemet. Par exemple, quand la fin de la journée arrivait, que je n’avais pas appris, que j’avais une petite pression du coup parce que je savais que mon père allait m’interroger, je me réfugiais auprès de ma mère qui me disait: “T’inquiète pas, je vais lui parler, mais viens essaye quand même , on sait jamais, peut être qu’on va apprendre…” Et finalement on apprenait à la fin de la journée (rires)! Je savais que j’étais, comment dire, protégée ,j’avais un soutien, j’étais en pleurs et tout et au final grâce au soutien de ma mère je me calmais et j’y arrivais.

5) Parlez à vos enfants en arabe et au minimum en arabe dialectal! C’est le minimum si vous savez parler marocain, tunisien, algérien. Ils apprennent l’accent, il apprennent 50% de l’arabe. J’ai de la famille à moi, ils ont peur de parler à leurs enfants en arabe car ils pensent que ca va les dévaloriser, que ça peut les desservir par rapport au français car ils auront un accent au autre. Mais ils ne savent pas, qu’au fur et à mesure des années qui passent, ils vont savoir s’exprimer car tout ce qui se passe en dehors leur foyer est en français, au moins  70% de leur interaction au final.

6) Je conseille aussi souvent aux parents d’éviter les menaces, le chantage, éviter les punitions liées au Coran. Mes parents nous punissaient parfois, mais pas directement parce qu’on avait pas appris, mais plus par rapport à un comportement que l’on aurait eu et qui n’était pas convenable, comme par exemple le fait d’avoir gaspiller notre temps, ou de ne pas avoir su nous organiser convenablement. Des comportements qui au final portaient préjudice à notre apprentissage.

7) Un programme léger mais régulier: Aussi, on voit parfois des enfants qui arrivent à 30, 40, 50 Hizb et ils lachent tout à cause de la pression, ils finissent par avoir de l’aversion pour le Coran. Le but ce n’est pas de les dégouter. Je conseille de leur proposer des programmes courts mais réguliers. Il faut pas imposer à l’enfant la quantité, on impose la révision parce que qu’il n’y a pas le choix: il faut réviser, mais on impose pas la quantité; La quantité dépend de la capacité de l’enfant. Et attention, la capacité ce n’est pas que l’intellectuel de l’enfant. Parfois les parents remplissent à ras bord le planning de leurs enfants en leur faisant faire 15 activités sportives, culturelles…Ok c’est bien, et le temps pour le Coran dans tout ça ? Y’en a plus.

8) Il ne faut pas oublier qu’à la base, le propre d’un enfant c’est de jouer. Il faut rendre l’apprentissage ludique, leur introduire des méthodes qui va les attirer vers le Coran, leur montrer que c’est fun d’apprendre.

Par exemple: Une semaine le parent va enseigner le Coran à travers les histoires en faisant des recherches de tafsir pour passionner l’enfant en lui racontant des détails de manière très illustrées, très imagées comme par exemple pour sourate Hud. Une autre fois, par exemple ils vont étudier Sourate Youssouf, il vont regarder un film autour des multiples facettes de cette sourate. Une autre fois il va essayer de trouver des rapprochements avec la vie quotidienne. Tout ça pour faire vivre le Coran, sortir de l’apprentissage brut éviter la monotonie et rendre curieux l’enfant.

9) Je leur conseille aussi fortement d’éviter les récompenses matérielles. Surtout pas jeux vidéos, télé…Favoriser une sortie, un parc, un met gourmet. Chercher ce qu’il aime, et que ce soit aussi éducatif.

Chez nous par exemple, on avait tous des motivations différentes. Moi ce qui me motivait davantage, bon c’était certes de dépasser mon petit frêre (rires) mais aussi de faire du Tafsir, de faire des activités manuelles.

11) Et dans tout ce que tu faisais, tu avais quand même de la place pour le Coran?

Ah oui, oui. Je sors beaucoup, je fais beaucoup d’activités, j’aime beaucoup sortir. Et plus jeune aussi, je jouais, je regardais la télé ou l’ordinateur (le samedi soir en famille, des programmes de qualité choisis ensemble). Je faisais du sport et j’en fais encore.

12) BarakAllahoufiki ma chère Fatima, tes conseils valent de l’or. Je te laisse un petit mot de la fin.

Honnêtement, c’est accessible à qui s’en donne les moyens. Le Coran ne prend pas beaucoup de temps dans ma journée. Après c’est aussi une hygiène de vie, je sais, il faut savoir s’organiser: Pour ma part: je me lève au fajr et je dors après al’ichaa. C’est le matin ou pendant les transports que je fais mes révisions. Il suffit de bien programmer sa journée et après ça roule!

Propos recueillis le 30 juin 2019 par Sabrine Oum ibrahim à la Mosquée Omar Ibn alKhattab à Bagneux (92).

2 Commentaires

  1. Amina

    Salam alikoum
    C’est un témoignage des plus motivant pour moi.
    Merci pour ce partage et ces conseils.
    Que Allah vous récompense

    Réponse
    • Madrass'Animée

      Alaykoum salam! De rien , amin, wa fikilbaraka, oui c’est très motivant!

      Réponse

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